Biography


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Bertrand Stofleth / en

Born in 1978. Lives and works in Lyon, France

Bertrand Stofleth studied art history and the
performing arts in Lyon, then photography at
the Ecole Nationale Supérieure de la
Photographie in Arles, from which he
graduated in 2002. He explores modes of
occupying territory, along with uses and
representations of landscapes. His Belvédère
series is a memoir based on geographical
reconstruction. The photographic observations
he has carried out in the Monts d’Ardèche regional
nature reserve since 2005 (exhibited at the
Rencontres d’Arles in 2012), and in the Hérault
valley since 2010, examine territorial
transformations over time. And since 2011,
he has been doing the same type of work in
urban settings, as part of artistic residences at a
hospital in Chambéry, and in Bron, near Lyon.
Rhodanie, 2007-2014 (realised with FEDER found),
is a documentary series whose iconography of the
everyday illustrates different ways in which a fluvial
environment has been developed and utilised.
And he has since embarked on collaborative
projects such as La Vallée, with Nicolas Giraud,
which looks at the industrial history of the
countryside between Lyon and Saint-Etienne.
He is also working with the photographer
Geoffroy Mathieu on Paysages Usagés,
a photographic record of the landscape
round the GR2013 hiking trail, which is
supported by the Centre National des
Arts Plastiques (State commission), and
Marseille-Provence, as the 2013 European
Capital of Culture. He is actually working on
a project called Aeropolis about the
relationship between the airports and their
connections to the cities (in residencies with
the CNAP and Atelier Medicis). Furthermore
he is a photographer at the Opéra de Lyon
since 2005, teaches in schools and academie
documentary practice and photography at a
large format camera.


Bertrand Stofleth / fr

Né en 1978, Bertrand Stofleth vit et travaille à Lyon, France

Après des études universitaires en Histoire de l’art
et Arts du Spectacle (DEUG) à Lyon, il sort diplômé
de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie
d’Arles en 2002 (félicitation du Jury). Ses recherches
artistiques portent sur les modes d’habitation des
territoires et interrogent les paysages dans leurs
usages et leur représentation. Dans la série
Belvédère (2001-2005), il travaille sur l’écriture
d’une mémoire à partir d’une géographie recomposée.
Les observatoires photographiques du paysage
menés au sein du PNR des monts d’Ardèche
depuis 2005 (exposé au Rencontres d’Arles en 2012)
et dans la vallée de l’Hérault depuis 2010, sont une
exploration dans le temps des transformations du
territoire.
Ces travaux sur les mutations du paysage se
poursuivent depuis 2011 en milieu urbain dans le
cadre de résidences artistiques au sein du centre
hospitalier de Chambéry et au coeur de grands
ensembles résidentiels à Bron. Avec le travail
Rhodanie, 2007-2014, il réalise une série
documentaire qui, par le biais de mises en scène,
constitue une iconographie du quotidien
intégrant les différents aménagements et usages
d’un fleuve. Il poursuit sa collaboration avec le
photographe Geoffroy Mathieu, en créant un
observatoire photographique du paysage
depuis le chemin de grande randonnée
périurbain GR2013.
Ce projet Paysages usagés a reçu le soutient
du CNAP et celui de Marseille-Provence
2013, capitale européenne de la Culture
.
Il travaille actuellement sur le projet
Aeropolis explorant les relations entre les
aéroports et leurs connexions aux villes
(Commande Publique Nationale de
photographie CNAP et Ateliers Médicis).
Par ailleurs, photographe pour l’Opéra de
Lyon depuis 2005, il travaille régulièrement
avec le service Régional de l’Inventaire
Rhône-Alpes et enseigne en écoles et à
l’université la pratique documentaire et
la photographie à la chambre grand format.



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Aéropolis - Grand Paris

Aéropolis – Grand Paris, 2016-2017
 
 
"Le projet "Aéropolis – Grand Paris" s'intéresse aux trois principaux aéroports de Paris (Le Bourget, Orly et Roissy) et à leurs résonances sur l’ensemble de ce territoire métropolitain. Entrecroisant l'histoire à la réalité contemporaine, l'anecdote humaine à l'analyse documentée, "Aéropolis" regarde l'aéroport comme une ville hybride rejetée en périphérie, mais partie prenante des grands réseaux et enjeux urbains modernes, annonçant ses mutations possibles. Il offre une lecture critique du paysage, un voyage au sol, à la fois spatial et temporel. Il y explore ses limites, dans l'entre-deux, dans une lecture dialectique et dynamique des signes et des spatialités découverts. Une part importante du projet donne place aux acteurs, aux rencontres humaines, aux petites - comme à la grande - histoires qui se trament aux entours ou dans les interstices du "hub global".

"Aéropolis" documente le Grand Paris et ses mutations à travers un parti-pris paradoxal à première vue : aller aux confins mêmes de la ville, en ses zones quasiment "refoulées", en ces "non-lieux" selon l'expression de Marc Augé, dont émane immédiatement un parfum d'artifice et d'inhumanité. S'appuyant sur plusieurs travaux en sciences-humaines, Bertrand Stofleth reprend l'histoire longue de l'aviation et des aéroports parisiens, des utopies et des réalités humaines qui leur sont rattachées, et cette idée récurrente et forte : l'aéroport peut être pensé aussi comme une borne, un avant-poste, un laboratoire urbain, ou encore comme un "hyper-lieu" comme le définit le géographe Michel Lussault. C'est une ville hors de la ville, qui à la fois en constitue ?le reflet et le signe avant-coureur, l'expérimentation. [...]
 
Le projet photographique ne défend nulle thèse fermée, mais tente d'explorer les territoires aéroportuaires en tenant compte de leurs contradictions, de leurs zones de friction, de leurs paradoxes : "dehors" urbain qui contient des "dedans" insoupçonnés, qui eux-mêmes tendent à la ville un miroir en reflétant son devenir probable ; devenir qui oppose à la ville politique le modèle de la ville marchande, etc. Un aéroport est un nœud de communications et de contradictions qu'il s'agit de décortiquer et d'analyser : entre hyper-fonctionnalité et geste architectural fort, entre espace rejeté physiquement en périphérie et espace hyper-connecté, entre espace lisse et espace strié, entre réalité urbaine et fiction ou utopie."

Jean-Emmanuel Denave, 2017
 



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Aeropolis - Beauvais / art press extrait

Les Photaumnales 2016
Étienne Hatt - art press (extrait)

(...) Pourtant, loin de Hong Kong, inscrite dans le Beauvaisis, l’exposition la plus marquante de cette édition est sans doute celle que Bertrand Stofleth, photographe documentaire invité en résidence et intrigué par l’omniprésence d’un aéroport connu pour être la base parisienne de Ryanair, consacre à la conquête de l’air. Aeropolis - Beauvais (2014-16) décrit l’emprise du phénomène sur le territoire et dans les esprits. La série rend compte du devenir nostalgique de cet imaginaire qui semble s’incarner aujourd’hui dans le fac-similé et l’aéromodélisme. Elle souligne aussi des désillusions dont témoigne, au-delà de l’anecdote, la carlingue tronçonnée d’un avion au signe d’un mariage aujourd’hui défait. Avec finesse et l’originalité de ne pas recourir à l’archive ou au document mais de privilégier l’évocation ou la transposition, Stofleth ancre son travail dans l’histoire par quelques images auxquelles il donne un statut différent, à l’instar de ces deux traînées se croisant dans le ciel bleu, photographiées pour rappeler la première collision aérienne de l’histoire qui eut lieu en 1922 au nord de Beauvais. Aeropolis est d’une grande force. Cette dernière réside moins dans le classicisme du travail que dans ces allers et retours entre passé et présent et ces va-et-vient entre description et évocation qui savent, aussi, ménager une place à la contemplation.

Étienne Hatt - art press, 2 novembre 2016.
article complet :
https://www.artpress.com/2016/11/02/les-photaumnales-2016/

Aéropolis - extrait art press



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Aeropolis - Beauvais


Résidence de création
Diaphane - Beauvais


Avec le projet Aeropolis, il est question d’interroger la conquête de l’air et plus précisément, la part de rêve qu’elle suscite chez l’homme. C’est une exploration de son caractère mythique traduite dans son expression la plus contemporaine. Au travers des évolutions actuelles de l’aviation et de ses pratiques, ce travail évoque également les répercussions et les empreintes de ses bouleversements sur les territoires. Ces images rassemblent une iconographie, entre mythes (les pionniers, l’aventure de l’Aéropostale, les combats aériens ...) et réalités. Elles invitent à une traversée des pratiques actuelles faites de survivances et de révolutions exercées par la « low-costisation » des transports aériens. Aeropolis, une cité de l’aviation, dresse enfin un inventaire de lieux habités, par cet écart entre historicité, mutations contemporaines et fascination toujours présente pour “le plus lourd que l’air”.
À partir de la ville de Beauvais dont l’aérodrome est devenu au fil des ans l’aéroport parisien de Ryanair, le projet développé au cours de cette résidence de création à Beauvais (Diaphane, pôle photograohiqe de Picardie), a remonté les fils des nombreuses histoires qui lient ce territoire avec l’aviation, afin de découvrir quels imaginaires subsistent encore aujourd’hui. 



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L'art des rives - Michel Poivert

On parle communément des bords de mer et des lisières des forêts, les rives des fleuves n'occupent pas tout à fait la même place dans notre imaginaire. Cette  bande qui s'allonge est surtout célébrée sur le mode d'une frontière, celle de la berge - soit d'un talus anobli : une forme de rempart. L'espace de la rive, cette langue de terre qui n'est plus une limite, est un lieu intermédiaire que l'on arpente mais que l'on visite surtout, que l'on investie parfois. Peu décrite, la rive est souvent sacrifiée par cette position d'entre-deux, ni le flot lui-même et sa puissance élémentaire, ni le terrain qui vient presque jusqu'à l'eau : champ, lande ou tout autre espèce de sol. Le travail photographique de Bertrand Stofleth semble s'être particulièrement attaché à révéler l'identité de la rive, en suivant avec méthode la course du Rhône à ses alentours. Il construit le dialogue entre le paysage fluvial et l'espace frontière qui le borde. Il en souligne les formes d'occupations, de transformations hétéroclites, d'aménagements provisoires, de sorte que le fleuve qui n'y perd rien en majesté se voit au contraire affublé de petits riens qui le détourne des errements du sublime. 

Cheminant à bord d'une véhicule équipé d'une nacelle élévatrice, le photographe se trouve toujours à même hauteur. Ce protocole visuel unifie le long trajet du glacier à la Camargue. Identité de point de vue - à la fois surplombant mais conforme à l'esprit apaisé d'une vedute - qui ne standardise toutefois pas les images tant les axes varient et les sites eux-mêmes se diversifient. On pourrait sans peine concevoir le point de vue d'un belvédère, où mieux, si l'on compare le fleuve à un spectacle permanent, concevoir la position d'un balcon de théâtre. Le point où tombe la vue est ainsi toujours précis, mais il est hybride : c'est à la fois celui du topographe et celui du dessinateur, du peintre ou du photographe. Le sentiment de l'interprétation s'ajoute à la rigueur du relevé, et c'est cette dialectique qui gouverne Rodhanie : précision des rendus et opération imaginative.

Chacune des vues est un portrait de rive. Et chaque rive est une scène, ou plus exactement, il s'y joue quelque chose que le photographe a choisi de privilégier en choisissant le moment de la prise de vue, en sollicitant l'obligeance d'un passant ou d'un pêcheur, en insistant pour obtenir une autorisation, en obtenant l'aimable participation d'un résident, en demandant de reprendre une pose, de rejouer une action... Bertrand Stofleth met en scène ses rives avec une patience qui n'a d'égal que le caractère insoupçonnable de son intervention. Pourquoi, dans cette parcelle d'image avoir tant exigé de soi et des autres alors que le "sujet" est là, noble, indifférent et mouvant : le fleuve ? Précisément parce que Rhodanie est ce monde imaginaire des rives, et que le photographe travaille à bâtir des paysages qui n'existaient pas avant que les rives soient consacrées.

Bertrand Stofleth invoque sans détour la référence à l'Arcadie. Il s'agit bien de superposer deux données : l'existence géographique d'un lieu et le mythe qui lui est associé. Comme la région du Péloponèse, la course du Rhône est une réalité physique. Comme l'Arcadie associée à l'âge d'or, Rhodanie est un espace mythique. Les hommes coulent auprès du fleuve des jours heureux, viennent là contempler la nature, se détendre et flâner, flirter, jouer... Rhodanie est une Arcadie de fortune certes, mais il faut y entendre néanmoins ce pouvoir des hommes à fabriquer un lieu de plaisir, concevoir une forme de résistance à l'oppression de la vie moderne, employer donc une ruse avec la société pour s'en écarter un peu avant de s'y fondre à nouveau : un art de l'échappée belle. Rhodanie, si l'on souhaite la comparer à l'une des grandes modalités d'être de la Grèce antique, est  l'univers de la métis. Elle est le monde où règne sous ce vocable le moyen, pour "celui qui est plus faible, de triompher, sur le terrain même de la lutte, de celui qui est plus fort" pour reprendre les mots de Jean-Pierre Vernant.


De ces paysages à la fois grandioses et minuscules, l'art en a donné des exemples. Les scènes mythologiques apparaissent en menue et la natures gigantesque, renversant l'ordre des priorités de la représentation. C'est ici la leçon de Poussin. Pour consacrer le genre du paysage en soi il fallait réduire à prétexte les "sujets" nobles - c'est-à-dire mythologiques - les ramener à la portion congrue de l'espace en privilégiant la hauteur de vue. Celle-ci était une ruse, mais elle permit, en effet, de faire de la nature un sujet et non plus un décor. Bertrand Stofleth emprunte ce chemin là de la ruse mais il la renverse : les magnifiques vues à la chambre se donnent d'abord pour des paysages documentaires, puis à petite échelle l'animation des humains vient jouer sa participation. Dans l'art des rives la nature devient politique. 



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L’Observatoire Photographique du Paysage (OPP) depuis le GR2013 est un observatoire spontané initié par deux artistes : Geoffroy Mathieu et Bertrand Stofleth.

Il documente la grande richesse des paysages de la métropole marseillaise qui révèlent un frottement permanent entre ville et nature. Il consiste à mettre en place sur un territoire, un système de veille photographique des paysages grâce à une reconduction périodique et régulière.

Les photographies réalisées dès 2012 intègrent le parcours de ce GR encore non balisé, en le matérialisant par le dessin d’un trait blanc parcourant l’image.
Projet artistique de représentation des paysages usagés de la métropole, il souhaite interroger le protocole des Observatoires du Paysage en inversant les notions de commanditaire/commandité, et en considérant les images produites comme proposition d’analyses et non comme illustrations de problématiques connues.
À l'invitation des photographes, un comité de pilotage composé des artistes du Cercle des marcheurs, de géographes, de paysagistes et d’aménageurs a accompagné les artistes dans leur appropriation et leur connaissance du territoire.
Enfin, un volet participatif propose au public d’adopter 70 des 100 photographies pour en assurer les reconductions pendant les dix prochaines années. Les 30 restantes seront reconduites annuellement par les créateurs de l’OPP, Geoffroy Mathieu et Bertrand Stofleth.

Plus d’information :
Le site du GR®2013 : http://www.mp2013.fr/gr2013/

Photographies de Geoffroy MATHIEU et Bertrand STOFLETH

Coproduction : Centre National des arts Plastiques (CNAP) et Marseille Provence 2013, Capitale Européenne de la Culture et le institutionnelle. 

 



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Paysages usagés
Texte : Baptiste Lanaspèze, créateur du GR2013, à l’issu du comité de pilotage de l’observatoire.

Le geste agricole qui persiste, les traces de la relation homme-animal. Les loisirs, ruraux ou citadins – pêche, escalade, kite-surf, aéromodélisme, ball-trap et minimoto.
Les usages – anciens, récents, contradictoires. Professionnels et récréatifs ; sérieux et futiles. Discrets et envahissants, archaïques ou émergents. Tant d’usages – simultanés ou successifs – si variés, si densément présents dans l’espace, et surtout dans les interstices. Quad, prostitution, chasse, randonnée. Reproduction de l’aigle de Bonnelli. Parcours équestre, minimoto, deal, bronzage.
Un territoire fait de frontières et de passages. Frontières entre particuliers ; frontières entre public et privé. Les barrières – nombreuses, parfois cassées ou contournées. 
Un territoire qui est la vaste coulisse – périurbaine – de petits espaces de scène – centres-villes. Des coulisses qui sont souvent des déchets – privés ou publics, officiels ou sauvages.  La violence du territoire. La violence faite au territoire. 
Les déblais et remblais, qui redessinent la ligne du sol. L’acte industriel qui travaille l’infrastructure : prend le lignite sous la montagne, la mêle à la bauxite, en tire l’alumine, en rejette autant de boues rouges. En fait des collines, des terrils, des crassiers. Creuse des galeries, des tunnels. Fait de la soude avec du sel – rejette du chlore. Puis un siècle après, fait du chlore – et rejette de la soude. Raffine le brut. Charge, décharge, remue. Mélange, coupe, trace, creuse, transperce, déplace. 
Paysage plié, déplié, replié, redéplié. Aux articulations usées. Paysage ridé, plissé. Paysage provençal trafiqué. Paysage déprovençalisé, reprovençalisé. Un paysage bon à jeter. Ou une œuvre d’art ultime.
Un paysage inconnu, qui détourne le regard. Un paysage où ce nouveau sentier de randonnée, comme une lumière arasante, vient se lover. Vient dévoiler les reliefs cachés, les traces, les blessures et les marques. Les bleus. Un paysage nu, sans plus aucune pudeur. Un paysage dévasté. D’une splendeur toute neuve. Un paysage où ce nouveau chemin identifie de nouveaux monuments, de nouveaux points de vue, et va les soumettre à de nouveaux usages – au risque de l’usure.
Le paysage usagé des Bouches-du-Rhône, autour de la mer de Berre et du massif de l’Étoile.



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La dynamique des paysages

La photographie est par sa nature un médium efficace pour documenter l'état du monde et son évolution. En imposant un point de vue fixe et unique, elle a le pouvoir de synthétiser en son cadre une multitude d'informations tout en produisant une représentation formelle et sensible du monde. Entre art et document.
L'observatoire photographique du paysage s'inscrit dans la longue tradition de la commande photographique, commencée dès 1851 par la Mission Héliographique. Cette tradition s'est poursuivie par la commande de la Farm Security Administration (FSA) entre 1935 et 1942 qui documenta la vie rurale des Etats-Unis touchés par la Grande Dépression, en France entre 1983 et 1988 la DATAR permit à des photographes de créer de nouvelles représentations du territoire.
Dans le principe de l'observatoire, le photographe écoute certes les doléances du commanditaire (géographique, sociologique, patrimoniale, technique...) mais il reste un artiste et envisage donc ces paysages en terme esthétique au regard de ses engagements artistiques personnels. C'est là que se situe toute la difficulté et l'intérêt d'un observatoire : la traduction de problématiques techniques en images. 
Dans la commande, mais encore plus dans le cadre d'un observatoire, il s'agit donc de produire un objet esthétique capable à la fois de prendre sa place en tant qu'oeuvre d'art, mais surtout  de faire sens dans d'autres domaines (historique, sociologique, géographique...). Le but étant que l'ensemble des acteurs du paysage (du technicien d'aménagement au touriste, de l'élu à l'habitant, de l'agriculteur à l'industriel), puissent lire ces images et y réfléchir.
Nous avons abordé le territoire du PNR des monts d'Ardèche avec cette mission, produire une oeuvre autant pédagogique qu'esthétique.
A l'heure de la construction de l'itinéraire, nous avions comme bagage notre disponibilité et nos influences. En premier lieu, une influence américaine des paysagistes coloristes des années 70 et leur amour des paysages animés et des espaces vernaculaires. Puis une influence paysagiste "à la française" dans la volonté de faire paysage de tout, mais surtout des entre-deux, non-lieux et autres tiers paysages. Et enfin, une influence des artistes du Land Art qui après être intervenu directement sur le paysage le photographiaient. Les documents produits devenaient alors oeuvre à part entière.
Notre démarche a été, au delà du relevé topographique, d'établir un état des lieux du PNR des Monts d'Ardèche reconduit de saison en saison, d'année en année. Nous avons chercher nos points de vues par une démarche systématique (en arpentant un maximum de routes et chemins du Parc), aléatoire et empirique (le choix des lieux à arpenter par l'un ou l'autre se décidait le jour même en fonction des expériences de la veille).
Nous nous sommes alors attaché à rendre compte de la diversité et de la richesse des paysages et à les ériger en sculpture ou installation réalisées par la main de l'homme, la nature ou celle plus diffuse de l'écoulement du temps. Nous avons peu à peu pris la mesure de l'épaisseur des paysages comme s'il s'agissait de couches de sédiments superposés. 
Les multiples temporalités rencontrées à travers les paysages parcourus nous ont conduit à faire une sorte d'archéologie prospective du paysage. De lieux supposés à forts potentiels de mouvements à d'autres vraisemblablement figés, nous avons cherché à décliner à travers nos photographies, et leurs reconductions à venir, les différentes potentialités d'un même paysage.
Envisager une telle perception, ce n'est ni plus ni moins que proposer une vision originale d'un paysage qui serait un objet esthétique, une sculpture, une intention en devenir perpétuel. C'est un jeu intellectuel qui débouche sur une vision dynamique du paysage.

Bertrand Stofleth, Geoffroy Mathieu - septembre 2008



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Belvédère

Pour le Petit Larousse, un belvédère est un nom masculin, de l'italien bello beau et vedere voir, qui désigne une construction, un pavillon au sommet d'un édifice ou sur une terrasse, d'où l'on peut voir de loin.
Pour un grammairien, un belvédère est soit un mot qui apparaît dans la langue française en 1512, soit le synonyme de falaise, point de vue, hauteur, terrasse ou de fabrique, gloriette, kiosque, mirador, observatoire, pagodon, pavillon, pergola et même ziggourat.
Pour un géographe, un belvédère est un point culminant ou simplement élevé qui permet d'embrasser une vue large, qu'elle soit pittoresque ou non.
Pour un architecte ou un urbaniste, un belvédère est avant tout une construction en harmonie avec sa fonction : balcon, tour, cabane d'observation, flèche, folie ou campanile. Ce n'est pas un hasard que le bien voir et le bien construire apparaissent ensemble à la Renaissance, faisant jouxter le bien voir et le bien construire.
Pour un touriste, un belvédère est avant tout une halte après une grimpette épuisante, un coin où reposer ses pieds et son dos tout en regardant le paysage puisqu'il est venu pour ça.
Pour un photographe, c'est avant tout son appareil photo, que celui-ci soit une chambre sophistiquée ou un petit appareil numérique. Grimpé sur sa machine, il observe le monde et même les lieux d'où l'on observe le monde. Cette mise en abîme du point de vue est une des caractéristiques les plus imposantes de la photographie. Le belvédère se superpose totalement à l'oeil.
Pour Bertrand Stofleth, le bien voir et le beau voir sont les principes stricts du travail qu'il mène depuis plusieurs années, mêlant sens et formes de belvédère, jouant sur les équivalents imagés des mots, jouant la surprise ou le porte-à-faux pour réinventer des belvédères jamais vus, jamais exprimés, jamais perçus parce qu'aléatoires ou approximatifs. Curieusement, au fil de ces quelques dernières années, son acception du mot et de la chose ne s'est pas démesurément élargie. Pas de dilution perceptible ou de chemin de traverse excédentaires puisque c'est dans cette approche de moins en moins diffuse qu'il élargit son sujet. Lorsqu'il sera clos, si cette occurrence arrive un jour, ce sera l'annonce de la fin de la quête. De la clôture du travail. De la finitude des points de vue. La fresque du regard sera close, non comme une suite de clichés mais en un panorama formé non pas de paysages montés l'un derrière l'autre mais de toutes les possibilités de voir de haut sans que l'on puisse deviner la nature qui s'y montre. C'est le paradoxe du travail de Bertrand Stofleth.
Pour Louis XIV, c'était un acte de pouvoir : « En sortant du château par le vestibule du couloir de marbre, on ira sur la terrasse ; il faut s'arrêter sur le haut des degrés pour considérer la situation des parterres des pièces d'eau et les fontaines des Cabinets » (1)

François Bazzoli

(1) in Louis XIV : « Manière de montrer les jardins de Versailles », Mercure de France, 1999.
Texte du portfolio publié dans InfraMince n°2, revue annuelle, 2006, edition ENSP- ACTES SUD.



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Théâtres du regard

« Nous sommes des êtres regardés, dans le spectacle du monde » (J. Lacan)
Les Belvédères de Bertrand Stofleth se proposent comme fragments épars d'une archéologie du regard. De ce regard que l'individu contemporain porte sur le temps et l'espace où, à la fois, il s'inscrit et est inscrit. Qu'est-ce en effet qu'un belvédère, sinon ce lieu où nous sommes convoqués à voir le monde. Cette place précise qui nous est assignée afin de percevoir de manière idoine la coulée du temps (monuments) et la découpe de l'espace (paysages)...
L'étymologie s'avère ici précieuse : belvédère, terme datant de 1512 (de la Renaissance donc et ce n'est pas un hasard), est issu de l'italien « bel-vedere », soit le « beau voir ». « Beau voir » qui, par glissement de sens, se confond très vite avec le « bon regard ». Bertrand Stofleth traque, interroge, creuse, réfléchit ce « bon regard ». Montrant et démontant ses conditions de possibilité, ses dispositifs matériels, ses mises en scène ou en abyme, ses théâtres innombrables.
Il est en effet des « belvédères » de toutes natures et de tous artifices... La salle vide et austère d'un planétarium dont l'écran vierge s'offre comme réceptacle intérieur et incurvé (dessinant une sorte de moule) à n'importe quelle représentation de lointains extérieurs. Le théâtre baroque d'une chapelle italienne où l'oeil du visiteur est convié à se placer selon un angle déterminé afin de contempler une scène religieuse édifiante, composée d'un incroyable imbroglio de peintures, de trompe-l'oeil, de sculptures et d'architectures sommaires. Le cadre translucide d'un restaurant panoramique d'hippodrome qui s'ouvre sur le champ de course, et clôture par là-même champ de vision et course du regard.
D'autres belvédères n'ont d'existence que virtuelle ou aléatoire : comme celui, latent, d'une aire caillouteuse en bordure de route, actualisé seulement par le stationnement en demi-cercle de plusieurs voitures de touristes. L'oisiveté, la nonchalance et le simple réflexe collectif viennent ici répéter, rejouer, un schème inconscient. Parfois encore, c'est la nature qui s'en mêle : voilant d'un fin rideau d'arbres la scène au second plan d'un théâtre imaginaire. Ce qui suscite, induit, provoque des visibilités, peut d'ailleurs se manifester aussi sous forme de voile ou d'écran. Ainsi cette icône publicitaire sur bâche recouvrant, dérobant, l'image de ceux qui travaillent derrière elle. Ou encore cette vue méconnaissable de la Sagrada Familia, saturée et brouillée d'un enchevêtrement inextricable de lignes et de matériaux hétérogènes.
Fenêtres et transparences, écrans et voiles : Bertrand Stofleth met sous les yeux mêmes du spectateur ce qui les oriente ou les assujettit. De l'épaisseur des images, il dégage des régimes de visibilité dominants, mais aussi parfois des luttes entre différentes strates de visibilité. Ses images, en nous donnant conscience de l'ordre même qui les institue et en y insufflant un trouble discret, rouvrent le jeu des possibles : à nous d'inventer d'autres belvédères, ou de les transformer. Si notre regard y perd son innocence, il y recouvre sa liberté et sa créativité.

Jean-Emmanuel Denave

Texte publié dans : Le traitement Contemporain n°2, édition le Bleu du Ciel 2005.



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